Bien choisir son premier télescope

La pratique de l’astronomie, pas si facile

S’il est facile de lever les yeux vers le ciel pour contempler furtivement les étoiles, si regarder la Lune à travers une paire de jumelles ou une simple longue-vue n’a rien de compliqué, il ne faut pas cacher aux nouveaux venus que la pratique de l’astronomie n’est pas si facile et si évidente que cela peut paraître.

En effet, sortir la nuit quelque soit la saison, plutôt agréable l’été, l’hiver glacial ne doit pas rebuter et empêcher d’observer les joyaux du ciel hivernal pourtant bien accessibles aux instruments d’initiation. Si les campagnards n’ont qu’à sortir dans leur cour ou leur jardin pour y installer leur instrument et profiter du spectacle, les périurbains doivent composer avec l’éclairage urbain qui éclaire le ciel nocturne telle une pollution lumineuse. Quant aux urbains qui n’ont pour unique vue sur le ciel qu’une fenêtre, ils ont la quasi obligation de s’exiler vers des cieux plus favorables à la pratique de leur passion et trouver un endroit au calme et sécurisé pour poser leur télescope. Et observer seul la nuit en pleine nature n’est pas à la portée de tous, c’est pourquoi certains amateurs rejoignent un club d’astronomie afin de bénéficier de la sécurité au sein d’un groupe mais aussi pour mettre en commun les connaissances et les compétences de chacun et ainsi de progresser plus rapidement.

Après s’être suffisamment habillé pour supporter la froideur nocturne et surmonté l’angoisse de passer une partie de la nuit en extérieur, il ne faut surtout pas qu’un instrument d’observation de mauvaise qualité, donnant des images empâtées, totalement instable et tremblotant, trop compliqué à utiliser ou bien encore pas adapté à l’utilisateur, ne gâche la belle soirée d’observation en frustrant l’utilisateur novice, lui donne l’envie de passer à autre chose et à ne plus remettre le nez dehors sous les étoiles. C’est pourquoi le choix d’un bon instrument d’initiation est primordial et doit être mûrement réfléchi avant l’achat. Profiter des soirées publiques d’observations proposées par les astroclubs est sûrement une bonne façon de se faire une bonne idée de sa future acquisition et profiter des conseils de propriétaires souvent peu avare en explications.

Avant l’achat d’un instrument, bien savoir se repérer sur la voûte céleste

 Materiel_Observation.jpgSi l’été est vraiment propice à la découverte de l’astronomie, l’automne est souvent propice à l’achat d’un premier instrument. Non ce n’est pas un vieil adage mais cela pourrait le devenir avec les nombreuses prises de contacts de nouveaux venus à l’astronomie qui désirent acquérir un télescope et qui demandent conseils. Sans oublier d’autres tout aussi nombreux qui ont déjà fait leur acquisition et qui réclament assistance pour essayer de l’utiliser. Pour les premiers, notre expérience leur est bien utile et leur évite souvent un mauvais achat, en espérant qu’ils deviennent un jour des initiés et pourquoi pas plus tard des experts. Pour les seconds c’est souvent trop tard car ils ont plus acheter un « prix bas » sur Internet plutôt qu’un véritable instrument de découverte du ciel. Et il est très difficile de leur dire sans détour qu’au mieux leur télescope fera un beau bibelot pour embellir leur salon, et qu’au pire il encombrera leur garage ou leur grenier !

C’est pourquoi pour un débutant, avant même de se renseigner pour l’acquisition d’un télescope, leur priorité doit être de savoir se repérer dans le ciel étoilé, connaître les principales constellations en fonction des mois et des saisons, ainsi que leurs étoiles les plus brillantes. On ne le répètera pas assez, le premier instrument n’est ni une lunette, ni un télescope mais belle est bien une carte du ciel, un modèle tournant qui permet de la configurer en fonction de la date et de l’heure d’observation.

Celle-ci doit être complétée par un petit éclairage rouge afin de pouvoir lire la carte la nuit sans perturber la vision nocturne, il peut être acheté dans les magasins spécialisés ou bien bricolé. Un guide pratique peut même compléter l’ensemble afin d’avoir des informations sur les objets à observer. Ses premières expériences d’observateur à l’œil nu vont permettre de savoir si la pratique de l’astronomie passionne vraiment. Si c’est le cas, l’achat d’un instrument va s’imposer rapidement, dans le cas contraire cela va économiser un achat inutile. Autre avantage et non négligeable, l’acquéreur d’un premier télescope saura ou pointer son tube optique afin de faire de belles observations instrumentales.

Un bon instrument d’initiation plutôt qu’un prix bas

Il y a encore vingt ans, les instruments d’astronomie coûtaient une véritable fortune et seuls les véritables passionnés investissaient dans de tels instruments. A titre de comparaison en 1979, le célèbre 114/900 sur monture équatoriale EQ2 premier prix coûtait 90% du salaire mensuel d’un Smicard, soit l’équivalent aujourd’hui de 1000 €, alors que le prix aujourd’hui d’un même télescope n’est plus que de 250 €, soit quatre fois moins. Alors vu les prix très bas des instruments d’initiation actuels, inutile de rechercher le prix le plus bas, le risque est trop grand de faire un mauvais achat et de payer encore trop cher un instrument inutilisable. Internet est plein de pièges dans lequel tombent trop souvent les astro débutants, donc la plus grande prudence s’impose et mieux vaut faire un achat raisonné même s’il faut rajouter des Euros, acquérir un instrument de puissance plus modeste ou bien se contenter d’un instrument d’occasion. Ne pas oublier qu’un instrument est toujours évolutif et que pour l’utiliser au mieux de ses possibilités, il est obligatoire d’investir dans des accessoires complémentaires, car d’origine les instruments d’initiations sont équipés pour un usage basique. Une tenue vestimentaire adaptée aux conditions climatiques est obligatoire, ce qui signifie qu’il faut aussi investir dans des vêtements très chauds, de la têtes jusqu’aux pieds pour affronter les frimas des nuits d’hiver mais aussi de mi-saison. C’est un investissement supplémentaire à celui de l’instrument qu’il faut aussi prévoir afin que le froid ne vienne pas gâcher une très belle soirée d’observations. Il n’existe pas d’instrument polyvalent capable de tout faire très bien : Visuel, photo, planétaire, solaire ou ciel profond, mais à chaque usage son instrument spécialisé même si certains instruments peuvent avoir une « certaine polyvalence ». Enfin une lunette ou un télescope d’initiation ne fait pas toute la vie d’un mordu d’astronomie, l’instrument est fonction de l’expérience et des connaissances de son utilisateur, et rapidement le passionné acquière un instrument plus performant afin d’assouvir sa curiosité céleste.

Quelques notions à connaître pour faire le bon choix

  • Enfant, adolescent ou adulte ?
  • Habitant en ville, à la périphérie de ville, au cœur d’un village ou bien isolé en pleine campagne ?
  • Plutôt à l’aise dans l’utilisation d’appareils techniques et habile de ses mains, ou au contraire préfère les choses simples avec le moins de manipulations ?
  • Sédentaire ou voyageur ?
  • Petit budget à consacrer à cette passion ou peu importe le montant ?
  • Passion durable ou bien en attendant qu’un nouvel hobby la remplace ?
  • Achat neuf ou d’occasion ?

Autant de questions qu’il est bon de se poser et essayer d’y répondre au mieux avant de jeter son dévolu sur un premier instrument car le télescope universel n’existe pas, et un instrument bien adapté à l’utilisateur va lui donner l’envie de l’utiliser souvent et de progresser, sous réserve qu’il y ai une réelle passion pour l’astronomie.

Lunette ou télescope ?

Tous les instruments d’observation optiques sont des télescopes (au sens général du mot) ! Une lunette ou une paire de jumelles sont des télescopes particuliers. Une lunette est un télescope qui utilise un jeu de lentilles appelé objectif pour collecter la lumière, alors qu’un télescope (au sens simplifié du mot) utilise un miroir, et il existe principalement deux variantes : Newton ou Cassegrain. Sur le Newton, l’oculaire est situé sur le coté et à l’avant du tube optique, sur le Cassegrain, il est situé à l’arrière du tube comme sur une lunette. Il existe des instruments hybrides qui utilisent un jeu de lentilles et de miroir pour collecter la lumière, ils sont appelés « télescopes catadioptriques » comme le Maksutov-Cassegrain. La puissance d’un instrument ne se mesure pas à son grossissement maximal mais au diamètre de l’objectif ou du miroir principal.

Lunettes

  • Avantages : Prix bas pour les petits diamètres, facilité d’utilisation, Temps de mise en température réduit, peu sensible à la turbulence atmosphérique, ne se dérègle pas
  • Inconvénients : Prix pour les diamètres à partir de 100 mm, liseré colorés autour des objets brillants.

Télescopes Newton

  • Avantages : Faible coût de fabrication, bien adapté à l’observation du ciel profond
  • Inconvénients : Temps de mise en température, sensible à la turbulence atmosphérique, miroirs exposés aux salissures, déréglage de l’optique.

Télescopes Cassegrain et ses dérivés

  • Avantages : Bien adapté à l’observation des planètes, oculaire situé à l’arrière du tube
  • Inconvénients : Temps de mise en température, sensible à la turbulence atmosphérique et à la rosée.

Les montures

La monture azimutale : Elle ne possède que deux axes dont les mouvements de haut en bas et de gauche à droit sont très simples d’utilisation. Elle n’est pas motorisable et le suivi des objets à fort grossissement n’est pas des plus aisé.

La monture équatoriale : Elle possède quatre axes, deux identiques à la monture azimutale pour faire la mise en station polaire et deux autres pour pointer et suivre l’objet céleste. Pas évidente à utiliser au début, mais lorsque son fonctionnement est maîtrisé et qu’elle est bien mise en station, ce qui prend à peine deux minutes sur les versions basiques, le suivi qui peut être motorisé est vraiment facilité même à fort grossissement. Des plus il est possible de pointer les objets difficiles en utilisant les coordonnées équatoriales sur les cadrans de la monture.

La monture GOTO : Pour les versions d’initiation, c’est une évolution de la monture azimutale qui reçoit un moteur sur chaque axe commandé par un calculateur via une raquette. Ses montures sont automatiques et pointent les objets désirés par manipulation d’une raquette. Attention, il faut tout de même leur apprendre le ciel en pointant deux étoiles, donc il est indispensable de bien connaître les principales étoiles du ciel visibles au moment de l’observation. L’efficacité de ses montures fait qu’un tube optique de faible puissance devient vite frustrant, il est donc préférable avec ce type de monture de choisir un tube optique de 80 mm d’ouverture minimum,

Neuf ou occasion ?

Beaucoup d’instruments sont vendu chaque année, et pourtant beaucoup sont à peine déballé, à peine essayé et rapidement mis en vente. Le marché de l’occasion est très étoffé et il y a le plus grand choix sur les sites de vente d’occasion. Des sites astro existent aussi : Webastro et Astrosurf. Le prix maximum ne doit pas excéder 25% du prix du neuf au moment de la transaction, en tenant aussi compte des éventuels frais de port. Certains vendeurs peu scrupuleux ou mal informé n’hésite pas à vendre d’occasion plus cher que le neuf, donc bien comparer les prix avec l’équivalent en neuf avant l’achat, uniquement que du matériel de marque en évitant les marques de grandes surfaces. Il en est de même pour les accessoires qui peuvent tout aussi bien être acquis d’occasion.

Pour l’achat d’un instrument neuf, mieux vaut choisir des marques connues et reconnues, commercialisées par les revendeurs spécialisés dont il suffit de consulter les publicités dans les revues et magasines spécialisés, facile à trouver chez les vendeurs de revues. Il ne faut pas confondre les marques et les labels. Les premières sont des entreprises spécialisées dans la conception de matériels, ils font sous-traiter la fabrication et se chargent de commercialiser à travers le monde via un réseau d’importateurs. Un label est « la marque » d’un importateur qui se fournissent directement chez les fabricants sans passer par l’intermédiaire des marques, d’où l’avantage de prix plus bas ou d’instruments plus basiques. Enfin pour les instruments d’initiation, il y a deux principaux fabricants chinois : Syntha et GSO qui fabriquent pour les grandes marques de matériels astronomiques d’où beaucoup de produits identiques à la couleur et marque près.

Evolution d’un instrument

Les instruments d’initiation sont configurés pour permettre la découverte du ciel dans un instrument, ils ne sont absolument pas figés et sont appelés à évoluer en fonction des désirs de son utilisateur.

  • Les oculaires souvent médiocres d’origine peuvent être remplacés par des modèles de meilleure qualité ou grand angle pour voir une portion du ciel plus grande. Les grossissements doivent s’échelonner de 0.5 à 2 fois le diamètre de l’instrument en passant par une 1 fois, soit trois grossissements différents au minimum. Par exemple pour un instrument de 100 mm d’ouverture, les grossissements doivent de 50 X, 100 X et 200 X. Le grossissement (G) d’un instrument se calcule en divisant la focale de l’instrument (F) par la focale de l’oculaire (f) : G = F / f
  • Filtre solaire à l’avant du tube permet d’observer le Soleil en toute sécurité
  • Filtre lunaire à visser sur l’oculaire permet d’observer la Lune sans être ébloui
  • Filtre anti-pollution permet de s’affranchir en partie des lumières parasites
  • Filtres colorés afin de faire ressortir des détails lors d’observations planétaires
  • Motorisation des montures équatoriales pour suivre automatiquement les objets pointés
  • Remplacement de la monture par un modèle plus évolué et plus stable, ou par une monture GOTO

Extrait du Girafe Info n°34 de septembre 2013 – article réalisé par Pascal GASTIN